Les arbres, des puits de carbone en puissance?

Publié le par FGA

fond_canopee.jpgDes rejets naturels de CO2

Les rejets de dioxyde de carbone (CO2) ont deux origines, naturelle et anthropique, la seconde étant régulière et en forte croissance depuis quelques décennies. Les rejets de CO2 d'origines naturelles sont par ordre décroissant, les volcans, le relâchement océanique dû à leur réchauffement et les feux de forêts. Les rejets de CO2 d'origines humaines sont par ordre croisant, l'utilisation massive de combustibles fossiles (centrales énergétiques 30%, transport 20%, industries 20%), la production agricole par relachement de CO2 direct avec la dégradation du sol (agriculture inetnsive) et indirect avec les rejets de méthane se transformant en CO2 (bovidés, rizières...), la déforestation (Les destructions de forêts tropicales causent environ 20 % des émissions direct de carbone).

Selon un rapport de la SNCF présenté en septembre 2007, les émissions de CO
2 en France dans les transports, sont dus à 52 % aux automobiles, à 25,2 % aux poids lourds, à 2,7 % aux avions et à 0,5 % aux trains.


Modification des puits de carbone naturels

Les principaux puits de stockage de carbone étaient les processus biologiques de production de charbon, pétrole, gaz naturels et hydrates de méthane et roches calcaires. Ce sont aujourd'hui les océans et certains milieux végétalistes (forêt en formation).

Au cours des 20 dernières années, environ la moitié des émissions de CO2 fossile s’est accumulée dans l’atmosphère, l’autre moitié ayant été absorbée par l’océan et les surfaces continentales. Les océans sont aujourd'hui les principaux puits naturels de carbone, assimilé via le plancton, les coraux et les poissons, puis transformé en roche sédimentaire ou biogénique. On estime que les sols stockaient à la fin du XXe siècle environ 2000 gigatonnes de carbone sous forme de matière organique. C'est presque trois fois le carbone atmosphérique, et quatre fois le carbone de la biomasse végétale. Mais cette fonction se dégrade rapidement et presque partout, dans les sols agricoles labourés surtout.


Nos amis les arbres ils stockent, oui, mais quels arbres?

Les arbres sont, après le plancton océanique et avec les tourbières, le principal puits de carbone naturel planétaire, essentiel au cycle du carbone. Ils accumulent d'énormes quantités de carbone dans leur bois et dans l'écosystème via la photosynthèse. Ils absorbent le CO2 de l'atmosphère, stockant une partie du carbone prélevée et rejetant de l'oxygène dans l'atmosphère.

Les essences pionnières, à croissance rapide (ex : Peuplier, saule ou bouleau en zone tempérée, Bois-canon en zone tropicale), n'absorbent généralement que peu de carbone et le relarguent vite et facilement. Les bois durs et denses sont ceux qui en contiennent le plus et pour le plus longtemps, mais ils croissent généralement bien plus lentement. À maturité, l'absorption est moindre, mais le carbone représente 20% de leur poids en moyenne, et jusqu'à 50% et plus pour des bois denses tropicaux. Quand l'arbre meurt, il est décomposé par des bactéries, champignons et invertébrés, recyclant son carbone sous forme de biomasse, nécromasse (cadavres, excrétats et excréments de ces organismes) et sous forme de gaz .

Le type de forêt a une importance : les forêts tempérées sont celles qui poussent le plus vite, mais les forêts tourbeuses plus nordiques forment des puits de carbone également (tourbières). Les forêts tropicales ont d'abord été jugées neutres à l'égard du carbone, mais une étude récente(mesures faites sur 2 millions d'arbres dans le monde) a montré qu'elles étaient globalement aussi des puits de carbone.

En Lorraine, le site-atelier de la forêt de Hesse, géré par l’unité mixte de recherche INRA-UHP « Ecologie et écophysiologie forestières » de Nancy possède deux intérêts majeurs. Il s’agit d’une des plus longues séries de données disponibles (13 ans en 2008). C’est aussi une des rares jeunes forêts feuillues (hêtraie) étudiées dans le réseau européen dans lequel ce site s’intègre.Sur une année, la forêt de Hesse en croissance représente un puits de carbone, en moyenne d’environ 4 tonnes de carbone par hectare et par an. La majeure partie de ce carbone stocké correspond à la croissance en biomasse aérienne et souterraine des arbres.

En Guyane, le site Guyaflux a été installé en 2003 dans la forêt tropicale humide de Guyane Française par l’INRA. On considère que l’écosystème étudié est une forêt mature, très ancienne et non gérée par l’homme, le bilan annuel de carbone de l’écosystème étudié est au final un puits de carbone, de l’ordre de 1.0 à 1.5 tonnes de carbone par hectare et par an.


Alors les puits de carbone, çà marche?

La séquestration forestière est faible au regard des rejets de CO2 liés à la combustion de carbone fossile (charbon, pétrole et gaz naturel).Par exemple, la réduction des émissions américaines de carbone de 7%, comme stipulé dans le protocole de Kyōto, nécessiterait la plantation d'une forêt de la taille du Texas tous les 30 ans, selon William H. Schlesinger, doyen de "l'école Nicolas sur l'environnement et les sciences de la terre" à l'université Duke de Durham, NC. Pour compenser leurs émissions, la plupart des régions développées devraient planter une surface bien plus grande que l'ensemble de leur territoire. Il faudrait au total boiser une surface plus grande que celle qui est disponible sur les terres émergées (champs, villes et routes inclus).

coupe de boisEn France, entre 1990 et 2007, les émissions françaises de GES (Gaz à Effet de Serre) d'origine agricole ont diminué de 11% pour cause de diminution des effectifs de bovins, de la surface agricole totale et des apports d'engrais azotés. Le puits de carbone a quant à lui crû de 81% pour cause de sous-exploitation de la ressource forestière. La forêt française gagne en effet près de 70.000 ha par an. Malgré tout le bilan reste défavorable. Les émissions de GES d'origine agricole sont estimées à 96 millions de tonnes (données 2007, hors émissions dues aux consommations énergétiques) alors que les puits de carbone n'en absorbent que 72 millions. Et cette situation risque de s'aggraver à l'horizon 2020 selon les estimations réalisées récemment par l'Institut Nationale de la Recherche Agronomique (Inra).
Dans tous les cas l'Inra estime que le puits forestier risque de diminuer d'ici à 2020. Alors que ce puits absorbait 77 millions de tonnes en 2005, il ne capterait plus que 48 millions de tonnes d'ici 2020 si la France se met à exploiter intensivement sa forêt notamment à des fins énergétiques (bois-énergie).
L'augmentation des surfaces forestières ne suffit donc pas à compenser la perte de stockage liée aux augmentations de la récolte, explique Stéphane De Cara, directeur de recherche à l'Inra de Versaille-Grignon.

Les forêts peuvent parfois devenir des « 
sources » de CO2 (le contraire d'un puits de carbone), notamment en cas d'incendie, ou provisoirement après les grands chablis couchés par de fortes tempêtes ou après les grandes coupes rases. Selon une étude publiée le 6 mars 2009 dans la revue "Science", la sécheresse de 2005 en Amazonie a diminué de 5 milliards de tonnes la séquestration de CO2 par la forêt. L’effet sur l’atmosphère a été équivalent à celui qui résulte des déforestations au profit d’activités agricoles dans le monde entier en une année.

Une conclusion: il faut protéger l'environnement

Après avoir exposé des faits et des expériences scientifiques, j'aimerais proposer un  point de vue qui n'engage que moi en guise de conclusion. La communauté internationale a décidé de trouver des solutions à un problème aussi complexe qu'incertain. Les causes comme les solutions sont diverses.

Pour ce qui est des arbres, il faut savoir protéger notre patrimoine, depuis l'amazonie jusqu'au long des pentes érodées des montagnes de métropole. De part nos pratiques, en ne respectant pas le sol ou l'âge de rotation des forêts, on perd un peu plus chaque jour.C'est donnant/donnant.

 

Guillaume GAUTHIER

Association Liber Tree

Publié dans Faits d'arbres

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guillaume g 09/02/2011 13:59



tiré du monde 9 février 2011 / Alain Billand, directeur de l'unité de recherche "Biens et services des écosystèmes forestiers tropicaux" du Cirad:


 


Les forêts disposant d'une importante capacité de stockage du carbone, leur protection s'inscrit dans le cadre plus large de la lutte contre le changement climatique, n'est-ce pas une
vision trop étroite ?


Le risque de laisser de côté les enjeux de biodiversité, notamment, a été clairement identifié. L'implication des forêts dans les débats sur le changement climatique tient à leur rôle de stockage
du carbone atmosphérique dans le bois au cours de leur croissance, grâce à la photosynthèse (jusqu'à 350 tonnes à l'hectare en forêt dense).


Dès 2006, le rapport de l'économiste Nicholas Stern pour le gouvernement du Royaume-Uni soulignait que la
déforestation était à l'origine de 20% (aujourd'hui révisé à 12-15%) environ des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Une solution pour limiter le réchauffement climatique consisterait
à inciter les pays à réduire leur déforestation. D'apparence simple, cette solution s'avère encore aujourd'hui très complexe à mettre en œuvre au travers du mécanisme REDD (reducing emissions
from deforestation and degradation).


Il apparaît ainsi que la réduction de la déforestation dans une unique finalité de stockage du carbone peut présenter des biais importants. Une forêt primaire possède un stock de carbone élevé,
de 200 à 400 tonnes à l'hectare, mais capte peu de carbone supplémentaire. Inversement, une plantation de certaines espèces ou clones d'Eucalyptus ou d'Acacia sélectionnés aura un stock de
carbone initial très réduit, mais en captera de très grandes quantités chaque année, sur des délais très courts, grâce à sa croissance très soutenue.


Si on ne se préoccupe que de climat, une plantation d'arbres à croissance rapide peut donc rapidement avoir un rendement plus élevé qu'une forêt primaire. Faut-il pour autant remplacer les forêts
tropicales par des "puits de carbone" plus dynamiques ? Je ne le crois pas. Cela ferait l'impasse sur la richesse des forêts naturelles, premiers réservoirs planétaires en biodiversité,
hébergeant de l'ordre de 80% des espèces terrestres connues – et inconnues.